Nous, les Israéliens, nous sommes redevenus les Juifs. Même les minorités Druzes, et Bédouines, et tous ceux qui jouent franchement le jeu de la citoyenneté israélienne, ont bien compris notre situation et leur solidarité et leur identification sont totales. Israël est bien Israël, et, dans la représentation perverse qu’en ont la mémoire chrétienne et la mémoire musulmane, le « Juif éternel ».
Ces deux civilisations se savent issues, pour leurs sources intellectuelles et religieuses, pour une grande part, de la Tradition Juive. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la Bible chrétienne incluant les Evangiles d’une part, et le Coran, d’autre part, et de les comparer à la Bible Hébraïque qui leur est, de loin, antérieure.
Cette source oubliée, masquée, déniée, crée une ambiguïté sur leur origine qui, pour elles, reste obscure, troublante, œdipienne, non élucidée et surtout non assumée, est l’occasion toujours renouvelée du cycle attraction-répulsion qu’Israël leur inspire.
La renaissance d’Israël comme Peuple souverain dans sa patrie historique et ses succès scientifiques, littéraires, spirituels, économiques et militaires, en moins d’un siècle, contredisent si fort l’image repoussante qu’elles s’étaient bâties de notre peuple, pour se valoriser elles-mêmes, que cette image positive d’Israël, celle de la réalité, leur est, trop souvent, insupportable.
Tout se passe comme si le monde occidental pouvait à la rigueur accepter de donner du respect aux Juifs morts, et un bref instant, s’apitoyer sur leur sort, surtout lorsqu’ils sont assassinés avec sauvagerie, mais en aucun cas les Juifs vivants n’auraient le droit de se défendre, de riposter, ou alors on pourrait leur reconnaître ce droit du bout des lèvres, mais ils n’auraient surtout pas le droit de vaincre ceux-là mêmes qui sont les meurtriers infâmes de leurs familles et de leurs citoyens.
Aucun autre peuple sur la planète n’est traité de cette façon. Il y aurait un droit particulier, sui-generis, d’ailleurs non écrit, qui régirait l’Etat Juif souverain. Non seulement, l’on se croit autorisé à dire n’importe quoi au sujet des Juifs, et des Israéliens, sur leur histoire, leurs liens avec leur Terre, leur Gouvernement, la structure de leur Etat et son fonctionnement, leur capitale, mais en outre, chaque peuple a coutume de leur attribuer ses propres perversions.
En Israël même, le développement économique, la société de consommation, les nouvelles technologies, avaient tendance à faire oublier ces données de base, ce statut de la civilisation juive face à l’Occident et face à l’Islam. Il y avait surtout ceux qui ne voulaient pas voir, ceux qui se rêvaient partie prenante du « grand tout » d’une mondialisation galopante, la prétendue « gauche » israélienne, fort détachée des classes laborieuses, et qui considéraient, parfois avec violence, les sources de la sagesse juive comme apanages du passé.
La journée du 7 Octobre dernier a remis les montres à l’heure. La massivité et la cruauté de l’attaque surprise du Hamas a mis en lumière les illusions de la « protection technologique » d’une barrière très coûteuse et surtout le mirage sur notre capacité d’amadouer l’ennemi, de le rendre plus humain, en aidant à son confort en lui fournissant eau, gaz et électricité, et en contribuant à ses progrès économiques.