La haine gratuite comme moteur politique

Binyamin Natanyahou vient de prononcer à la Knesset le discours le plus convaincant de sa carrière. Le bilan de son action d’homme d’Etat est, pour tout observateur honnête, exceptionnel. Depuis 15 ans, il domine de la tête et des épaules, la vie politique du pays et depuis douze ans sans discontinuer aux commandes de l’Etat, il a fait progresser l’Etat d’Israël dans de nombreux domaines d’un véritable bond en avant.
Qu’il s’agisse du développement technologique, de la santé économique générale, des équipements routiers et ferroviaires, de la croissance de la puissance militaire, de la transcroissance diplomatique, de la gestion de la crise du COVID 19, du courage de s’élever seul dans l’arène internationale, face aux visées génocidaires antijuives avouées de l’Iran des Ayatollahs, ces succès portent l’emprunte personnelle du Premier Ministre sortant.
L’inévitable usure du pouvoir vient d’avoir eu raison de son statut qui semblait intouchable si longtemps. Mais il n’a fallu pas moins qu’une coalition hétéroclite allant de la droite à l’extrême gauche et même une part de l’électorat arabe islamiste, pour obtenir à grand-peine ce résultat par 60 voix contre 59 des députés de la Knesset !
L’on est largement en droit de penser que le procès manipulatoire qui lui a été intenté par un corps de procureurs aux mains de l’extrême gauche, avec le soutien d’une presse largement complice, a depuis des mois, gravement miné son autorité. L’on peut remarquer d’ailleurs que ce procès s’enlise dès que la défense met en lumière l’incohérence et le parti-pris de l’accusation, la presse étant, soudain, étrangement muette.

L’on ne peut pas ne pas remarquer que trois au moins des petits partis membres de la nouvelle coalition gouvernementale et qui se positionnent à droite de l’échiquier politique, ont à leur tête, chacun, un ancien proche collaborateur de Netanyahou révolté contre son autorité, y compris le nouveau Premier Ministre. Cela laisse planer un doute sérieux sur la véritable motivation de leur démarche. Peut-être est-ce aussi le défaut de la cuirasse du Premier-Ministre sortant qui n’a pas vraiment été capable de construire sa succession.

Mais ce qui fait vraiment question, c’est le caractère de girouette politique du Premier Ministre qui s’est fait élire par des électeurs à qui il avait assuré qu’il ne participerait qu’à un gouvernement de droite et donc sous la direction de M. Netanyahou qui en dirige le principal parti, pour tourner casaque, en devenant au prix d’une tortueuse négociation, le premier chef de gouvernement israélien à la tête d’un parti mineur disposant de six députés seulement.

Si, parmi ces électeurs, des dizaines de milliers d’entre eux se sentent floués, ils ont donc de bonnes raisons pour cela.

Les éléments qui forment la nouvelle coalition ne sont d’accord à peu près sur rien, sauf sur leur souhait de faire tomber nommément M. Netanyahou. Cela est largement insuffisant pour gérer un pays comme Israël, toujours au cœur de tensions internes et externes considérables.

Ce qui se dégage en filigrane de cette aventure est essentiellement la lutte sous-jacente, déjà ancienne, entre les citoyens qui désirent que l’Etat d’Israël demeure en prise directe sur la foi et la tradition juives, la « droite » d’une part, et ceux, la « gauche », qui souhaitent aligner le pays, au niveau des principes, sur une Europe chrétienne laïcisée, elle-même en perte d’identité.

Ceux qui recherchent sincèrement le bien du Peuple et de l’Etat d’Israël ne savent plus très bien maintenant ce qu’il faut souhaiter le plus : la chute immédiate de ce gouvernement incongru, sommet de l’incompétence, mère de tous les dangers et que seule la haine gratuite cimente, ou une mi-temps de tranquillité et de stabilisation après cette crise politique artificielle, sans justification de fond réelle, pour que les vraies lignes de force réapparaissent, apaisées et sans faux semblants. Nul doute qu’alors l’attachement d’Israël à ses sources s’imposera de lui-même.

 

Léon Rozenbaum

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