Quelles leçons tirer du blocage politique et institutionnel en Israël?

C’est à la suite d’un premier ex-aequo politique intervenu après les élections d’avril 2019 entre la formation du Likoud avec à sa tête Binyamin Netanyahou et Kahol-Lavan avec à sa tête Binyamin Ganz, que la Knesset a préféré, à une large majorité, se saborder pour permettre que se dégage lors de nouvelles élections le 19 Septembre de la même année, une claire majorité de parlementaires en vue de la constitution d’une coalition et d’un gouvernement stables.
Pourtant, il s’avère après le dépouillement de ce second scrutin que cet objectif n’a pas été atteint: aucun des deux blocs de partis en présence ne peut seul atteindre un nombre suffisant de parlementaires élus pour constituer un gouvernement jouissant du soutien d’une majorité crédible au parlement.

Il  semble que l’on puisse attribuer ce blocage à la fois à des causes occasionnelles et à des causes structurelles de l’électorat israélien.

Parmi les causes circonstancielles, il faut souligner la personnalité particulière  de M. Liberman leader d’ « Israel Beitenou » un parti sectoriel originairement fondé sur l’électorat des immigrants de l’ex-union soviétique mais probablement aujourd’hui  rejoint par toute une série de mécontents fascinés par l’image forte de Liberman qui a réussi à faire progresser notablement son électorat entre les deux élections d’avril et septembre 2019.

Pourtant, il n’est pas exagéré de qualifier ce leader habile d’opportuniste, puisque ses positions n’ont cessé d’évoluer en passant d’un soutien affirmé à Netanyahou avant le premier scrutin, à un soutien conditionnel à Ganz et à des exigences antireligieuses soudaines, puis à une position inflexible en faveur d’une entente entre ces deux leaders et leurs partis, comme si une autre possibilité était concevable, le tout pour sortir en fin de compte victorieux lui-même de ce jeu politique complexe.

Devenu l’arbitre de la situation, il use et abuse de ce statut temporaire qu’il entendra vraisemblablement faire durer, tout en maintenant le pays en haleine puisque l’on sait désormais que ses orientations sont changeantes et imprévisibles.

Il semble bien cependant que des causes structurelles de la carte politique israélienne jouent un rôle plus considérable encore. Il s’agit des positions souvent ambigües de l’électorat arabe israélien qui constitue 21% de la population. Remarquons d’abord que le taux de participation des électeurs arabes aux consultations électorales est toujours plus faible que celui du reste de la population et précisément une variation de ce taux  vers la hausse modifie considérablement le résultat final. Notons ensuite la tendance affirmée ces dernières années d’une montée de l’extrémisme parmi les élus Arabes Israéliens.

Il suffit de rappeler que l’un des leaders les plus charismatiques parmi les élus arabes à la Knesset, Ahmed Tibi, d’ailleurs totalement rompu aux exercices parlementaires de la Knesset dont il est l’un des plus anciens membres, s’était en son temps porté volontaire pour devenir le conseiller le plus écouté de Yasser Arafat. Un autre  de ces leaders, lui aussi bien connu à la Knesset, Azmi Bichara, a fui à l’étranger dès que les services du contre-espionnage ont rapporté la preuve de sa collusion avec le Hezbollah libanais qui ne cache nullement son programme génocidaire contre Israël. On ne compte plus les prises de positions de ces élus israéliens dans des médias étrangers en soutien à des organisations acharnées à la perte de l’Etat Juif souverain. D’ailleurs cette tendance à prononcer des discours de plus en plus hostiles au Pays de la part des élus Arabes à la Knesset n’est, semble-t-il, pas partagée par le gros de la population arabe israélienne  qui comprend généralement bien ce qu’elle a à perdre.

Or, sur le plan théorique, si les voix arabes à la Knesset se portent sur Ganz, il dispose de la majorité pour constituer le Gouvernement. Seulement ni la liste arabe unitaire constituée avant le dernier scrutin, ni Ganz lui-même ne semblent voir cette opportunité d’un bon œil précisément en raison des ambiguïtés relativement à l’adhésion des élus arabes israéliens à la légitimité même de l’Etat d’Israël.

C’est cette contradiction fondamentale entre la volonté absolue et généralisée d’un régime démocratique de la part de la population juive de l’Etat et la remise en cause quasi permanente du caractère légitime d’un Etat Juif en Terre d’Israël après un exil de dix-neuf siècles par une part non négligeables de la population arabe et surtout de leurs élus qui pèse de tout son poids pour expliquer l’impasse actuelle.

Aucun autre Etat démocratique dans le monde n’aurait toléré aussi longtemps une telle situation. Le minimum que l’on peut attendre d’un élu dans le parlement d’un Etat souverain est qu’il reconnaisse pleinement la légitimité de cet Etat dont il est l’un des législateurs. S’il ne le fait pas, il n’a pas vocation à siéger au parlement. Or la Cour suprême a fait preuve à plusieurs reprises d’un laxisme difficilement compréhensible, alors qu’elle s’est montrée intraitable face à des groupes et des personnalités juives estimées trop « nationalistes » qu’elle a exclus d’une participation au scrutin démocratique lui-même.

Il est grand temps de lever les ambigüités dans ce domaine puisque inévitablement elles vous reviennent en boumerang en plein visage.

Léon Rozenbaum 

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