Category Archives: Monde Juif

Robert Badinter à Jérusalem

Une note de lecture, dans un groupe Yiddish francophone, d’un ouvrage récent de Robert Badinter évoquant la destinée tragique de sa Grand-Mère maternelle, assassinée par les nazis en France, m’invite à partager l’expérience d’une « rencontre » à Jérusalem avec ce haut personnage de l’Etat français, parce qu’à mon sens, cette expérience est très significative.
Je suis un juriste de formation française, avocat israélien à Jérusalem depuis 1979. Il y a quelques années, me trouvant par hasard dans les locaux de l’ordre des avocats à Jérusalem, j’appris qu’au même moment, M. Robert Badinter se trouvait là et donnait un exposé en Anglais.

Le Train

Il y a quelques années, l’auteur de ces lignes a tenté d’expliquer à la Commission Alyah et Intégration de la Knesset une certaine image figurative de la situation paradoxale du Peuple Juif: Imaginez, disais-je, un train très long passant sous un tunnel. La tête du train a depuis longtemps dépassé le tunnel et l’expérience de ce franchissement est déjà oubliée. Le milieu du train se trouve sous le tunnel, et la queue du train ignore encore qu’elle devra passer sous un tunnel.

Homosexualité et Judaïsme

Les derniers évènements en Israël sur ce chapitre nécessitent une mise au point au niveau des principes et il serait souhaitable que s’ouvre un large débat démocratique à la lumière aussi de la définition juive de l’Etat.
Suite à l’adoption de la loi sur la gestation assistée qui exclut les homosexuels de cette faculté, de très importantes manifestations ont eu lieu dans diverses villes du pays, assorties de menaces contre le Gouvernement et contre le Premier Ministre en particulier.
Le Grand-Rabbin de Jérusalem Arieh Stern s’est exprimé vigoureusement en soutien à l’exclusion des homosexuels de la faculté de recourir à la gestation assistée pour élever des enfants dans un cadre homosexuel antinaturel.
Cette prise de position a déclenché un tir de barrage non seulement des organisations représentatives des groupes homosexuels, lesbiennes et transsexuels, mais aussi de la presse écrite, radiophonique et télévisée et des politiques se considérant comme « progressistes ».

La montée des périls

Les Juifs ont toujours eu de bonnes raisons d’être attentifs aux évolutions des sociétés dans lesquelles ils vivent. Il va sans dire que les mouvements politiques et sociaux dans un pays quelconque, dès qu’intervient une déstabilisation pour quelque raison que ce soit, risquent toujours de déboucher sur une crise antisémite avec son cortège d’agressions et de malheurs.
La réémergence de la souveraineté juive au Pays d’Israël n’a certes pas conjuré tous les dangers, mais du moins, elle en a changé la nature: désormais, pour les Juifs d’Israël, une explosion de la haine des Juifs ne vient pas de l’intérieur même de la société mais de l’extérieur.

Emile Azoulay n’est plus

Emile Azoulay était un ami très cher. Sa personnalité était attachante à plus d’un titre. Personne peut-être n’a personnifié autant que lui la synthèse entre « l’honnête homme » au sens du dix-huitième siècle français, c’est-à-dire un homme de vaste culture, d’une grande sensibilité et d’une courtoisie exquise, et le Juif fier d’une Tradition de 4000 ans parfaitement conscient aussi de l’enjeu de la résurgence de la souveraineté juive au Pays d’Israël.

L’Exil et le Royaume

Il extrêmement frappant de constater qu’un homme de la stature d’Alain Finkielkraut peut à la fois être d’une extraordinaire lucidité lorsqu’il traite des problèmes de la France et d’un aveuglement d’idéologue borné lorsqu’il traite des problèmes d’Israël.
Lorsqu’il se pose en défenseur de la notation à l’École en France parce qu’il éprouve avec des personnes de plus en plus nombreuses que le post-modernisme entraîne la société occidentale vers le bas, ce qui ne fait pas de lui un « réactionnaire », mais plutôt un observateur avisé de la société dans laquelle il vit, il est en phase avec son univers.Mais quand il articule que les prochaines élections en Israël seraient « celles de la dernière chance » et répète les poncifs éculés d’une gauche israélienne à bout de souffle, selon lesquels « l’occupation pervertit », ou évoque son soutien aux manifestations d’Arabes palestiniens contre  des établissements juifs prétendument illégaux, l’on peut légitimement se demander si nous vivons sur la même planète et mettre en doute son sens des réalités.

Le temps du choix

Il arrive parfois que l’on ne puisse éviter d’aborder les sujets qui fâchent. Les rapports Israël-Diaspora sont du nombre. Avec toute la bonne volonté de part et d’autre pour reconnaître et célébrer l’unité du Peuple Juif, une réalité vécue qui transcende toutes les analyses sociologiques et anthropologiques, le rétablissement de la souveraineté juive dans la patrie historique du Peuple Juif, il y a 70 ans, et les succès comme les échecs de l’Etat d’Israël, posent désormais, et de plus en plus, l’équation juive en terme de choix et en terme d’engagement urgents.

KIPPOUR

Pendant Kippour, les Juifs du monde entier vivent une expérience unique. La Nation juive toute entière se rassemble un jour par an, en Israël dans un silence inouï, pour repartir du bon pied. Cette imploration commune du pardon des fautes auprès du Créateur du ciel et de la terre se fonde sur une vision morale du monde.
Ce qui fait que le Judaïsme n’est pas une simple religion mais un peuple, c’est précisément le fait que la Nation entière assume les fautes de tous ses membres face à D.ieu. En dernière analyse, il ne saurait y avoir de solidarité plus grande.

L’Etat, le Kotel, les Libéraux et les Orthodoxes

La querelle entre le Judaïsme libéral américain et l’Etat d’Israël à propos des règlements applicables au Mur Occidental du Mont du Temple, n’est pas anodine. Ce qui s’y dévoile est loin d’être aussi simple que ce qu’une logique simpliste voudrait faire croire.
Pour les Juifs libéraux des Etats-Unis, une tendance ultra-orthodoxe du Judaïsme tente d’imposer sa loi contestable aux autres courants actuels au sein du Peuple Juif, alors que ce lieu saint appartient au Peuple d’Israël tout entier.
Pour ceux qui pensent que le Peuple Juif ne saurait au point nodal de son Histoire et de son espérance faire l’économie du respect de la « Halacha », la Loi juive traditionnelle, au contraire, il convient à l’évidence de ne pas permettre en ce lieu des pratiques qui une fois tolérées, risquent de glisser sur la pente de la permissivité vers des situations inextricables et inacceptables.

Persuader la Diaspora du nécessaire retour au Pays

Le processus de libération et de renaissance du Peuple d’Israël dans son pays s’avère long et difficile, plein de soubresauts et de surprises. Depuis les débuts de la dispersion puis après la perte de l’indépendance juive, chaque génération de Juifs restés dans l’authenticité de la Nation et de la foi d’Israël, a rêvé du retour.

 Il suffit pour se convaincre de la véracité de ce message, de comprendre l’Hébreu et de se référer, avec un minimum d’honnêteté intellectuelle, à la liturgie quotidienne, psalmodiée trois fois par jour depuis vingt-quatre siècles au moins et plus encore, à la liturgie des grandes fêtes.  Parfois, au long des siècles, des Juifs ont cessé de rêver, ont bravé tous les dangers et ont  accompli ce Retour, assurant malgré les épreuves, avec ceux qui étaient toujours demeurés au Pays, une permanence juive sur la Terre d’Israël.