Le Statut des Juifs

Après 43 ans de présence en Israël, j’ai eu maintes fois l’occasion de croire que les conditions politiques, économiques, spirituelles et historiques étaient réunies pour que puisse être déclenchée une Alyah, une arrivée massive des Juifs de France et même d’Europe au Pays d’Israël.
En effet, surtout depuis l’année 2000, s’est produite une dégradation manifeste du statut des Juifs en Europe et particulièrement en France. Il ne s’est pas agi seulement d’un durcissement de la politique anti-israélienne dans l’arène internationale, mais bien du choix électoraliste de flatter la population arabe en France en tolérant et parfois en suscitant, par populisme salace, une dose d’antisémitisme dans l’Hexagone.

Sauf qu’une fois la voie ouverte, les sentiments antijuifs, non seulement émanant « naturellement » de l’Islam (il suffit de lire le Coran), mais aussi d’une longue tradition chrétienne, sont devenus un torrent indomptable. Ce fut d’abord une manœuvre de la gauche française puis, toute (ou presque) la société civile s’est de nouveau vautrée dans l’antisémitisme.

Par affection et respect pour cette culture majeure qu’est la civilisation française, les Israéliens francophones et les franco-Israéliens, ont longtemps cherché à la disculper de ses penchants criminels. La désinformation systématique sur le dos d’Israël, la déqualification obsessionnelle des meurtres antijuifs en « actes de déments » ou en « règlements de comptes intercommunautaires », les provocations de Chirac à Jérusalem, le dévoiement du « devoir de mémoire » aux victimes de la Shoah en France et son utilisation contre les Juifs vivants, les ont progressivement contraints à appeler les choses par leur nom.

Certains signes, comme les visites massives de 50,000 Juifs de France venus passer l’été en Israël pour y acheter force appartements, (faisant d’ailleurs monter exagérément les prix), l’augmentation sensible du nombre des arrivées de Juifs de France, les sondages prouvant qu’un grand nombre de Juifs ne voient plus leur avenir en France, auraient pu laisser penser qu’un processus réel étant en marche, la grande masse des Juifs n’avaient plus de raisons de tergiverser.

C’était compter sans les pesanteurs sociologiques et le poids et la violence de la propagande contre Israël qui pénètre même les foyers juifs. En région parisienne, par exemple, Les Juifs ont fui les zones islamisées et se sont barricadés dans des quartiers épargnés comme le 17ème arrondissement de Paris.  Cette vision à courte vue ne règle aucun problème  mais semble donner un sursis à ceux que le « grand saut » vers Israël, ce devoir de concrètement assumer l’Histoire juive, effraie encore.

Le développement de la mentalité d’assisté dans la société française qui touche aussi les Juifs contribue également à faire peur à certains candidats à la citoyenneté israélienne, puisque les aides publiques sont ici beaucoup plus limitées et qu’il est nécessaire dans l’Etat juif souverain de relever ses manches et se mettre au travail.

Fasse le ciel qu’un approfondissement identitaire des Juifs soit le moteur principal qui déclenchera l’accomplissement historique qui les attend, et non une dégradation supplémentaire, hélas prévisible, de leur statut en Europe.

Léon Rozenbaum

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