Pourquoi Kobili Traore, l’assassin avéré de Sarah Halimi, doit-il être jugé en Israël ?Par Léon Rozenbaum*

Le code pénal israélien (Hok Hahonshin) prévoit dans son article 13 (B) (2) Amendement No 39, 5754-1994, que le droit pénal israélien s’applique à « des infractions commises à l’étranger contre la vie d’un Juif, son intégrité physique, sa santé, ou son patrimoine, en raison du fait qu’il est Juif ».
Il s’agit d’une dérogation au principe de territorialité de la compétence des tribunaux israéliens. Ceux-ci sont normalement conduits à juger des crimes et des délits uniquement sur le territoire national. La justification de cet état de fait et de droit est à rechercher dans la longue Histoire du Peuple d’Israël. L’Etat national du Peuple Juif garde en effet, une mémoire vivace de la nuit de l’exil durant laquelle, beaucoup trop souvent, les infractions contre les Juifs restaient impunies, y compris les crimes les plus sanglants.
Cela doit cesser définitivement avec la restauration de la souveraineté juive dans son Pays. Il faut donc, dans les cas où un tel crime même commis en dehors d’Israël demeure impuni dans des conditions suspectes, instituer une compétence subsidiaire au profit des tribunaux d’Israël, à l’instar de la compétence de la Cour Pénale internationale, face à des systèmes judiciaires déficients.

Chacun sait qu’à la fin du dix-huitième siècle, en France, l’Assemblée Constituante reconnaissait (non sans mal) aux Juifs la qualité de citoyens. Et depuis, jusque vers l’année 2000, et avec l’exception dramatique du régime de Vichy, Les Français juifs ont bénéficié de la protection de la loi, comme tous les autres citoyens.

Ce principe reconnu a permis pendant deux siècles une symbiose féconde entre la Communauté juive et la société française globale, devenue la République, en dépit d’accidents de parcours graves comme l’affaire Dreyfus, l’attitude générale complice des Français face à la Shoah –avec de brillantes exceptions-, et après la guerre, l’affaire Finaly.

L’affaire Traore vient, avec d’autres causes, remettre en question toute une série d’équilibres et d’illusions concernant le statut véritable des Juifs en France et dans l’Europe actuelle. Ce développement est notamment lié à la montée de l’Islam dans ces pays. La décision de la Cour de Cassation française dans cette affaire, de ne pas juger, vient signer et aggraver une crise qui devient profonde.

Depuis le début des années 2000, les cas d’assassinats à caractère antisémite se sont multipliés en France et, autant la presse que les autorités, ont déployé tous leurs efforts pour nier, amoindrir la portée ou même dissimuler la qualification particulière de ces crimes.  Le plus souvent, les auteurs ne sont pas des « gens d’extrême droite » mais des personnes issues de l’immigration récente et plus précisément de l’immigration islamique. Tout se passe comme si la France actuelle se trouvait dans le déni de la montée de l’antisémitisme musulman sur son sol à un degré tel qu’il entraîne l’impotence de la police et de la justice. Il est clair que le poids électoral mais aussi le caractère massif de cette dernière immigration mal contrôlée et mal maîtrisée engendre des sentiments de peur et de malaise jusqu’au sommet de l’Etat et que la « novlangue » qui prône le »vivre ensemble » et le « pas d’amalgame » parvient de moins en moins à dissimuler.

 

Le plus souvent les attaques antijuives émanant des Musulmans/Arabes/immigrés, sont frauduleusement qualifiées d’ »actes de déséquilibrés » ou pire, de »règlements de comptes intercommunautaires » ce qui constitue une grave diffamation contre les Juifs, puisque les Juifs en France n’attaquent personne, mais parfois, se défendent, lors de l’agression de Synagogues.

Le cas Traore est exemplaire de cette tendance de plus en plus inquiétante, au point que l’avenir d’une communauté juive en France se trouve compromis. Mais elle ne devrait pas moins inquiéter la société française globale elle-même.

Face à une telle situation, non seulement une décision de justice israélienne devient indispensable pour que le droit soit sauvegardé, mettre un coup d’arrêt à la dégradation du statut des Juifs dans les consciences et peut-être permettre en France une prise de conscience du sérieux de la situation, même si cela demeure seulement une décision de principe.

Le 4 Avril 2017 à 05:35, à Paris, Kobili Traore a pénétré dans l’appartement d’une femme médecin juive qu’il connaissait, comme l’une des voisines dans l’immeuble où il demeurait, Mme Sarah Halimi (Lucie Attal). Cette dernière s’était ouverte à son fils Yonathan et à sa fille Mme Malachi du fait qu’elle avait peur de Traore, en raison d’allusions antisémites, d’insultes, de crachats au passage de ses enfants depuis longtemps déjà. Une fois entré, après avoir vu les symboles juifs dans la maison, Il l’a rouée de coups, a proféré en hurlant des insultes : (tu vas fermer ta gueule, grosse pute, salope, tu vas payer), puis Traore s’est mis à crier : »Allah Akbar » et « que Dieu me soit témoin » en continuant à frapper. Il poursuivait en hurlant (il s’agit du témoignage de M. Dray, qui demeure deux immeubles plus loin dans la rue de Vaucouleurs à Paris) : »tu vas payer », « c‘est pour venger mon frère ». Puis semblant s’apercevoir de la présence de policiers, après un acharnement bestial, il cria : »une femme se suicide ! » Il saisissait alors Sarah Halimi par les poignets, la soulevait et faisait basculer son corps par-dessus la rambarde du balcon. Le corps tombait au sol dans le jardin de la résidence de l’immeuble du 26 rue Vaucouleurs, 3 étages plus bas. Le corps sans vie de Sarah Halimi était retrouvé peu après.

Il faut signaler que Traore a pénétré dans l’appartement de la victime par le balcon de l’appartement voisin, celui de la famille Diarra, famille amie de Traore, chez qui Traore s’était invité aux aurores. Il avait eu là un comportement bizarre et agressif, saisissant la clef de l’appartement après avoir refermé la porte. La famille s’était alors réfugiée dans une chambre puis avait appelé la police pour séquestration. Une fois le meurtre commis, Traore était revenu dans le salon des Diarra pour y réciter des versets du Coran. C’est là qu’il a été appréhendé.

Kobili Traore est un repris de justice condamné de nombreuses fois tant pour violences que pour trafic et consommation de drogue. Traore est un gros consommateur habituel de cannabis. Et c’est précisément, en dernière analyse pour cette raison, que Traore a été déclaré pénalement irresponsable et n’a pas été jugé en France pour l’assassinat de Sarah Halimi.

Toute une série de questions se posent d’emblée sur le traitement officiel de cette affaire. Si le témoin, M. Dray, qui se trouvait à deux immeubles de distance, a pu exposer tant de détails aussi précis et même fournir à la police un enregistrement sonore de ces événements, comment et pourquoi la police qui était sur place n’est-elle pas intervenue pour empêcher l’assassinat ?  L’affirmation des policiers qu’ils « n’ont rien entendu » est peu crédible et cependant n’a pas fait l’objet d’une enquête judiciaire rendue publique.

Mais ce n’est pas moins le déroulement de la procédure judiciaire elle-même qui fait apparaître un faisceau de présomptions claires, précises et concordantes qu’il planait sur ce dossier une propension à vouloir conclure à l’irresponsabilité pénale de Traore notamment pour ne pas avoir à affronter les conséquences sécuritaires et de troubles à l’ordre public possibles occasionnés par un procès pour meurtre d’une personne juive par un musulman sur fond d’antisémitisme.

Le premier rapport d’expertise psychiatrique de Traore signé du Dr Zagury concluait à la survenance d’une « bouffée délirante aigüe » induite par une augmentation de la consommation de cannabis et fixait qu’ »en dépit du caractère indiscutable du trouble mental aliénant, son discernement ne peut être considéré comme ayant été aboli ». L’expert ne concluait donc pas à l’irresponsabilité pénale de l’intéressé.

La juge présidant la commission d’instruction avait déjà donné des signes d’empathie pour Traore, en déclarant que ce dernier « devait être protégé des menaces de la communauté juive ». Ce type de déclarations est désormais bien connu en milieu juif, en Diaspora comme en Israël, puisqu’il s’agit de rien de moins que de transformer l’agresseur en victime et vice-versa, le coupable étant toujours le même.

La commission d’instruction a donc commis un autre groupe d’experts psychiatres qui ont conclu à l’irresponsabilité pénale de Traoré. Comme cela laissait encore une chance à l’incrimination selon l’appréciation du Tribunal, la commission d’instruction a commis un troisième groupe d’experts qui, eux-aussi, ont conclu à l’irresponsabilité.

Il convient de noter que tous les témoignages de la concierge, de la famille Traore, de la famille Diarra et de Traore lui-même selon lesquels il n’aurait jamais exprimé de sentiments antijuifs sont accueillis comme paroles d’évangiles, alors que les témoignages contraires des proches de Sarah Halimi sont manifestement rejetés.

La police n’a pas retrouvé dans l’ordinateur de Traore de traces de visites de sites antisémites, et prétend en tirer argument pour absoudre Traore de motivation antijuive particulière, comme si l’éducation musulmane de base n’incluait pas, seulement au niveau du langage élémentaire, des éléments incluant le mépris et la haine des Juifs, d’ailleurs attestés par la famille de la victime !

En fin de compte, la Cour de Cassation française, l’instance judiciaire suprême a entériné l’argument d’irresponsabilité pénale de Traore et en conséquence, ni l’abstention surprenante de la police, ni les arguments qui contredisent la prétendue abolition du discernement, ni ceux qui manifestent que l’assassinat est bien à motivation antisémite ne seront examinés par des juges français.

L’on peut constater que la tendance en France à la crainte devant les colères de la population musulmane, et le mépris de plus en plus affiché du droit des Juifs a connu très récemment une brusque aggravation, à l’occasion de l’attaque brutale de L’organisation terroriste du Hamas contre l’ensemble de la population civile d’Israël.  Les terroristes, par définition violent toutes les lois de la guerre envoient des centaines de tonnes d’explosifs sur la population civile de l’Etat démocratique d’Israël. Dans l’Etat juif, alors que l’invention coûteuse du « dôme de fer » ne parvient qu’à grand-peine à éviter le massacre de la population, et que de son côté Israël réussit à limiter au maximum les pertes civiles de son ennemi en essayant de neutraliser les nids de missiles dissimulés dans les hôpitaux et les écoles, l’on comprend que les déclarations du Ministre français des A.E., accusant Israël d’un prétendu « apartheid » s’inscrivent dans une logique perverse.

La condamnation de Traore par un tribunal Israélien sera le signe que tout n’est pas permis et qu’il faut cesser les insultes à l’intelligence des Juifs.

Léon Rozenbaum

*Avocat Israélien de Jérusalem de formation française

 

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