Décaper la tentation du révisionnisme

La vision du monde de certains observateurs européens parmi les plus sérieux qui s’est exprimée par exemple dans une émission d’Arte-France ce 6 Juin 2019 a de quoi surprendre par l’ampleur de son aveuglement.
En un mot l’Europe occidentale serait dans la vérité d’un multilatéralisme savant et fécond et Trump serait le fauteur de troubles, populiste, égoïste, ignorant et grossier, destructeur de l’ordre mondial patiemment élaboré après 1945.
Décidément, les Français n’ont pas pardonné aux Américains de les avoir libérés de l’occupation nazie. L’une des questions posées à l’aréopage de spécialistes invités lors de ladite émission, n’était pas moins que l’affirmation (spécieuse) que bien d’autres Nations ayant participé à la libération de la France, ne donnait-on pas au Président des USA un honneur exagéré en lui réservant en France une place centrale lors de la commémoration de l’anniversaire du débarquement de Normandie?

Le simple choix de cette prétendue question d’un téléspectateur est une provocation extrêmement significative. Il faut une dose immense de mauvaise foi et d’ingratitude pour faire semblant d’ignorer le sacrifice des milliers de jeunes Américains enterrés sur le sol français lors de la lutte contre Hitler, comme si l’essentiel des navires, des avions, des tanks, des divisions qui ont libéré la France en 1945 n’avaient pas été américains. (Si les Ricains n’étaient pas là…).

Il est de bon ton, donc, dans la France de 2019, de réécrire l’Histoire, de s’inventer d’autres libérateurs, d’évoquer des « milliers de Français » participant au débarquement, alors qu’ils étaient, en Normandie, 155 en tout, (chiffre que j’ai retenu comme officiel au Musée du Débarquement d’Arromanches).

 Cette attitude participe largement de l’idéologie postmoderne qui lance un défi à la Vérité comme d’ailleurs à l’ensemble des valeurs universelles prétendant que chaque « narratif » possèderait sa propre légitimité.

Nous, les Juifs, du moins ceux d’entre nous qui ont à voir avec la Tradition et avec notre Histoire ancienne et récente, sommes aux antipodes de cette manière d’être.  Par l’événement du Sinaï, nous sommes reliés à un roc de références morales universelles et immuables, venues d’en haut, mais capables d’application différenciée à chaque génération.

Si les nazis ont jugé utile d’investir d’énormes moyens, même lorsqu’ils se sont trouvés en difficulté, pour poursuivre au maximum l’œuvre d’anéantissement du Peuple Juif et ont bénéficié largement de la complicité de la majorité des peuples dont ils avaient conquis le pays, c’est bien parce que le Peuple Juif, héritier des Hébreux avait déjà entrepris son retour à la souveraineté pour incarner dans un pays libre les principes moraux dont il est porteur, souvent vus comme « insupportables » parmi les peuples. Ce n’est pas un hasard si le négationnisme a concerné d’abord le fait même de la Shoah. Depuis, sur cette base, l’on s’autorise d’innombrables falsifications.

Or Trump, quelles que soit les observations que l’on puisse faire sur son style, n’a pas cessé de multiplier les déclarations et les actes concrets de soutien à Israël. Ce faisant, il fait éclater un grand nombre de baudruches, de non-dits, d’ambiguïtés et de mensonges de la relation entre l’Occident et l’Etat souverain des Juifs et d’ailleurs dans les relations internationales en général.

Aider l’Europe occidentale à abandonner le postmodernisme et à regarder la réalité en face pourrait devenir son grand-œuvre. Israël, qui n’a pas le choix, l’y assistera dans la mesure de ses moyens.

Léon ROZENBAUM

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