L’affaire AZARIA

Un terroriste arabe tente d’assassiner à Hébron en février dernier plusieurs soldats. Il est neutralisé par cinq balles. Les responsables militaires présents sur place ne réagissent pas assez vite et laissent plus de onze minutes l’homme allongé sur place, son couteau d’assassin à ses côtés. Les personnes présentes évoquent la possibilité que le terroriste soit équipé d’une ceinture explosive.

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Arrive sur les lieux, à la onzième minute, le jeune soldat Elor Azaria qui, entendant ces propos, perçoit un léger mouvement du terroriste à terre et lui tire une balle dans la tête qui l’achève.

Le représentant d’une organisation financée par l’étranger  Betselem, acharnée à trouver des failles dans le comportement des soldats de l’Armée de Défense d’Israël, filme la scène de l’intervention d’Azaria et la publie dans le monde entier.

S’enclenche alors un processus devenu incontrôlable. Des hommes politiques de premier plan et pour commencer le Ministre de la Défense en personne,  B. Yahalom, le Chef d’Etat-major, sans même attendre la moindre enquête,  condamnent Azaria sans nuance. Toute une série de militaires de haut rang leur emboîtent le pas, y compris le commandant direct d’Azaria. D’autres au contraire, civils et militaires et surtout les jeunes militaires sous les drapeaux se révoltent massivement contre le lâchage de leur camarade.

L’affaire ravive considérablement les clivages politiques dans le Pays, la droite soutenant le jeune soldat et la gauche le vouant aux gémonies. Avec une hâte suspecte et avant toute enquête sérieuse sur l’enchaînement des faits et surtout sur les responsabilités des officiers de haut rang qui avaient laissé le terroriste allongé sur la place, sans l’évacuer ni lui prodiguer des soins, la justice militaire dont la presse se fait l’écho s’acharne immédiatement à préparer contre Azaria un acte d’accusation majeur d’assassinat ou de meurtre alors que d’autres procédures étaient possibles.

Sur le plan du droit l’affaire est un cas limite. En effet, si Azaria a pu craindre légitimement que le terroriste s’apprêtait à faire sauter une ceinture explosive sous son manteau fermé un jour ensoleillé, il a simplement réagi comme il le devait pour sauver d’une mort certaine tous les présents. Ce scénario étant hélas très vraisemblable en Terre d’Israël.

Mais si au contraire, il a agi mû par un simple désir de vengeance et pour assouvir sa colère et la tension que son service en milieu hostile a fait peser sur lui, il est clair qu’il a commis une infraction dont il faut juger de la gravité en fonction des circonstances.

Or le film de Betselem, visionné encore et encore ne permet certainement pas de juger laquelle de ces deux éventualités est la plus juste.

Une fois les esprits échauffés dans un sens ou dans l’autre chacun est persuadé d’avoir tout compris.

Si l’auteur de ces lignes n’avait pas servi en qualité de procureur militaire (Mil.) au tribunal militaire d’Hébron et eu affaire dans le cadre de son cabinet d’avocat avec un acte d’accusation incroyablement partial de la justice militaire, circonstances qui l’ont persuadé en son temps que l’extrême gauche est par trop présente parmi le parquet militaire en Israël et capable de déformer la réalité pour des motifs idéologiques, il aurait pu faire confiance au caractère impartial des juges militaires dans cette affaire. Hélas, il ne le peut pas, surtout à la lumière du fait que le tribunal a ici accueilli tous les témoignages à charge et rejeté tous les témoignages en défense.

Il est temps de ramener un peu de réalisme et de proportion dans cette affaire, de repousser les influences étrangères rien moins qu’amicales, les cris d’orfraies de la famille du terroriste orchestrés par l’OLP, les rêves post-modernistes de la gauche israélienne et de ne pas faire payer par un jeune soldat dévoué à son pays un prix exorbitant pour un conflit culturel qui le dépasse.

Léon ROZENBAUM

Avocat à Jérusalem

Ancien procureur militaire (Mil.)

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