L’apport du Judaïsme français à la société israélienne par Manitou

La famille et les amis de Rabbin Yehouda Léon ASKENAZI זצ »ל connu sous son totem scout des EEIF de « Manitou » ont organisé ce dimanche 20 Novembre une émouvante soirée au Théâtre de Jérusalem pour marquer le 20ème anniversaire de son décès. Ceux qui ont eu le privilège de suivre ses cours ou ses conférences savent que Manitou possédait un don particulier: il parlait directement à votre âme ou en tout cas à une partie intime de votre cerveau. Rien de ce qu’il avait dit ne vous laissait indifférent et vous nourrissait d’une spiritualité exigeante sans que vous sachiez au juste pourquoi.

Né en Algérie d’une longue lignée de Rabbins, Manitou reçut très tôt une formation juive très approfondie et parallèlement une haute éducation française profane. Témoin des ignominies vichystes en Algérie, il combattit avec les troupes débarquées en Provence pour la libération de la France du joug nazi et fut blessé durant ces combats. Après la Shoah, ayant rejoint depuis longtemps le mouvement des EEIF, il devint directeur de l’Ecole d’Orsay dont l’objectif était de reconstruire la communauté juive décimée. Jacob Gordin fut son premier maître aschkenaze qui l’encouragea à persévérer dans son approche ouverte des Juifs de toutes tendances et de toutes origines et surtout à rendre à la pensée juive traditionnelle son rang et sa dignité face à la culture occidentale, au plus haut niveau. Sa rencontre en 1955 en Israël avec le Rav Tzvi Yehouda Kook fut décisive. La Thora d’Eretz-Israël donnait un éclairage nouveau à tous les enseignements reçus jusque-là. Manitou contribua grandement à la renaissance de la communauté en France y fondant et animant de nombreuses institutions. Sa conviction que le temps était venu pour les Juifs de rallier la Terre d’Israël retardée dans son exécution par ses multiples tâches en France, se réalisa pour lui et sa famille après la guerre des six jours, en 1968. En Israël, Manitou poursuivit son œuvre éducative dans une école devenue célèbre, Mayanot, puis au centre Yair, où les immigrants francophones recevaient (et reçoivent encore) un enseignement et un soutien. Mais bien au-delà, Manitou entretint un dialogue passionnant avec des hautes personnalités mondiales, religieuses ou non, comme le Dalaï-Lama, le président camerounais, et l’Archevêque de Paris et bien d’autres. D’abord connu et influent surtout dans le cercles francophones, son enseignement se répand de plus en plus en Israël dans la société globale en Hébreu. Les dernières années de sa vie, il n’enseignait plus qu’en Hébreu. Désormais ses articles, les cassettes de ses cours retranscrites et traduites si nécessaire, circulent dans les milieux les plus divers et des centres de préparation militaire, des Yeshivots se fondent sur son enseignement. Face à une société israélienne figée dans sa mosaïque de communautés d’exil et ses camps idéologiques, les thèmes majeurs de son enseignement sur la recherche de l’unité, sur l’identité hébraïque en reconstruction et la sauvegarde des valeurs juives authentiques, parlent de plus en plus à la jeunesse israélienne. Vingt ans après, nous ses élèves, comprenons mieux son attachement à un enseignement oral, de bouche à oreille et son refus de l’enfermer dans des livres.  Et cependant, des livres de plus en plus nombreux, accompagnent les leçons de ses disciples et, s’inspirant de sa pensée, préparent l’unification du Peuple d’Israël. Il n’y a pas de plus grand apport du Judaïsme français à Israël et au Peuple Juif dans son ensemble.

Léon Rozenbaum

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